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26/11/2009

Écologie : lettre ouverte aux catholiques sceptiques

Guillaume de Prémare (Médias & Evangile) explique son cheminement : " Chers amis - Il y a peu encore, je regardais la question écologique avec scepticisme, principalement pour quatre raisons..."  :


 

Chers amis,


Il y a peu encore, je regardais la question écologique avec scepticisme, principalement pour quatre raisons :

  • Un réflexe quasi-pavlovien : s’il y a un tel  tam-tam médiatique, c’est qu’on veut nous “vendre” quelque chose de pas très catholique.

  • Un préjugé de principe : je suis incapable de vérifier par moi-même les données scientifiques et j’imagine que les experts sont nécessairement appointés par quelque puissance d’argent et/ou au service de quelque intérêt idéologique.

  • Une vision manichéenne : les “écolos” nous expliquent que l’homme est en quelque sorte la seule espèce nuisible en ce bas monde.

  • Une prévention de fond : l’écologisme est le nouveau nom du malthusianisme.


Conséquence de ce scepticisme : j’entendais – une fois n’est pas coutume ! – d’une oreille distraite et indifférente les appels répétés du pape et des évêques à se saisir de la question écologique.


Un beau jour, j’entends s’exprimer au journal de 20 heures un “écolo” très à la mode (le bon Monsieur Hulot). Je m’apprête à le lapider intérieurement, convaincu qu’il va éprouver ma patience au-delà de mes capacités. Mais me voici presque déçu de ne pas l’entendre dire que l’homme est une espèce nuisible. Comprenez-moi, mon stock de pierres était prêt à l’emploi et je brûlais de lui jeter furieusement la première… Je fais contre mauvaise fortune bon cœur et j’écoute Hulot qui nous explique que l’homme doit prendre conscience que les biens de ce monde sont finis et limités et que nous devons apprendre la modération et l’ordre dans l’usage que nous faisons des biens matériels. Mon sang anti-consumériste ne fait qu’un tour : « Bon sang, c’est ce que je répète chaque jour ou presque à mes enfants depuis 20 ans ! » Soudainement, me viennent à l’esprit de bons vieux principes catholiques de théologie morale : « Tempérance dans l’usage des biens sensibles », « Maîtrise des appétits désordonnés de la sensibilité ». Surprise : ce Hulot ferait presque du Thomas d’Aquin sans le savoir ! Incroyable : je n’avais pas entendu le pape et voici que j’entends Hulot ! Premier éveil de la conscience.


Logiquement, je m’enquiers un peu de la question, je lis des articles, des débats sur les blogs, et je découvre une autre réalité surprenante : des « écolos » qui semblent tout droit sortis du Larzac racontent que ce qui est en cause n’est pas l’homme mais la société du « toujours plus », du « tout ce que j’veux quand j’veux où j’veux en quantité que j’veux ». Assurément, les libertaires ne sont plus ce qu’ils étaient, tout fout le camp… Cerise sur le gâteau : les voici qui s’opposent avec vigueur à l’idéologie malthusienne de l’ONU ! Deuxième éveil de la conscience.


Peu de temps après, nous nous penchons avec Patrice de Plunkett sur la question écologique dans le cadre de « Médias & Evangile » (association dont l’un des objectifs est de décrypter la pensée de l’Eglise auprès des journalistes). Nous décidons de diffuser le mardi 24 novembre un dossier de presse sur la « mobilisation catho-écolo ». Et je découvre alors ce que, je dois l’avouer, je n’avais jamais vraiment lu : ce que disent le pape et les évêques sur l’écologie. On parle de la Création, de la place et du rôle de l’homme dans cette Création, de revoir nos modes de vie consuméristes et notre modèle économique. Je prends alors conscience que la préservation de l’environnement naturel est un vrai sujet lié au bien commun, et je réalise également qu’un discours écologique à l’endroit, c’est-à-dire pour l’homme et non contre l’homme, est susceptible d’élever l’âme humaine, de l’arracher à son statut de surconsommateur gavé de publicité et de dinde aux marrons. Troisième éveil de la conscience.


Le jeudi 26 novembre au matin, je découvre dans Le Monde un article de Frédéric Lemaître intitulé « La tentation du retour au malthusianisme ». Anti-malthusien viscéral, je me jette dessus avec avidité. Grande frayeur quand Lemaître cite l’ONU : « Chaque naissance entraîne non seulement les émissions [de gaz à effet de serre] imputables à ce nouvel être durant tout le cours de sa vie mais aussi les émissions produites par tous ses descendants. » Réconfort : ce délire malthusien nauséabond rencontre de nombreuses oppositions. Et là, je prends conscience que l’enjeu est vital : si nous laissons faire l’écologie par les malthusiens, la dignité de l’homme est en péril.


Alors, je prends conscience, de manière radicale, que ce qui m’apparaissait, à ce stade de mon cheminement, comme une démarche utile, m’apparaît désormais comme une nécessité impérieuse. Je me dis immédiatement : « Puisque la dignité de l’homme est en jeu, l’Eglise doit avoir une parole forte sur la question écologique. Laissons les experts régler les batailles d’experts (comment en jugerions-nous ?). L’écologie se fera avec ou sans nous et si nous jetons le bébé (la préservation de l’environnement) avec l’eau du bain (les eaux troubles du malthusianisme), nous renonçons à orienter l’écologie dans le bon sens… et nous laissons aux idéologues le champ libre pour faire de l’écologie une machine de guerre contre l’homme. »

Quatrième éveil, le plus violent, de la conscience.


Si je vous raconte ce petit cheminement, chers amis catholiques sceptiques, c’est pour vous dire que le temps est peut-être venu d’abandonner nos réflexes pavloviens, nos préjugés, notre vision manichéenne et nos préventions. L’enjeu est vital puisque c’est l’homme qui en jeu.


Alors permettez-moi de vous exposer quatre motifs essentiels pour lesquels, à mon avis, notre scepticisme doit être jeté aux orties :


  1. La préservation de l’environnement naturel de l’homme est – ô combien ! – une question directement liée au bien commun. Et c’est un devoir grave pour les catholiques que de contribuer, à leur mesure, au bien commun présent et futur.


  1. Les enjeux idéologiques liés au malthusianisme sont graves. Par bonheur, l’Eglise n’est pas seule dans ce combat, mais elle y tient une place importante. Appuyons-là.


  1. Au-delà des aspects scientifiques, nous devons avoir une vision politique des choses. Non pas politique au sens droite-gauche, mais au sens où les instances internationales, qui se sont saisies de la question du climat, sont des lieux où s’affrontent des enjeux de pouvoir, d’argent et d’idéologies. Ce sont des lieux d’influence et de rapports de force. Le Vatican y est présent, il doit pouvoir peser de tout son poids, non pas pour se servir lui-même (il n’a pas d’intérêt direct dans cette affaire) mais pour servir la dignité de l’homme. Comment le ferait-il si l’Eglise et les catholiques ne s’engagent pas sur la question écologique ?


  1. Un discours raisonnable, juste et ordonné sur l’écologie est une occasion d’affirmer notre foi : Dieu a créé le ciel et la terre, toute chose visible et invisible ; il a choisi et établi l’homme pour régner sur la Création non comme maître absolu mais comme gérant prudent et responsable.


Et permettez-moi de conclure par une simple question de bon sens : croyez-vous sincèrement qu’il soit plausible que le pape s’engage si fermement sur la question écologique pour céder à l’air du temps et à l’esprit du monde ? Honnêtement, est-ce là son habitude ?


Guillaume de Prémare

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20:04 Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : écologie

Commentaires

CEST POUR CA

> Non ce n'est pas (du tout!) son habitude et c'est (entre autres) pour ça qu'on l'aime et qu'on le suit.

Écrit par : grzyb, | 26/11/2009

Bonjour,

> désolée de vous importuner sur ce fil, mais votre dernier message sur l'euthanasie n'est pas ouvert aux commentaires.
Je me permets de vous signaler cet article du monde :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/26/euthanasie-le-dernier-qui-se-lasse-par-claire-fourcade_1272378_3232.html
Un florilège de situations réelles qui parle mieux qu'un long argumentaire.
Désoélée pour la gène occasionnée et merci ed votre travail !

Écrit par : Dgeni, | 27/11/2009

Merci à Guillaume de Prémare

> ...de son témoignage. Je veux lui dire que j'ai suivi pour ma part un peu le même chemin, en découvrant la mauvaise foi de certains qui se disent les plus grands fidèles de l'enseignement de Benoît XVI, mais deviennent fourbes pour esquiver cet enseignement dès qu'il s'agit d'économie ou d'écologie. Oh vous les entendrez toujours dire : "vive la vraie écologie selon le Saint Père", mais la "vraie écologie" dans leur esprit c'est : pas d'écologie du tout, puisqu'ils rejettent les travaux scientifiques et les conclusions que l'Eglise tire de ces travaux.
Quand on lit honnêtement ces conclusions (par exemple dans le dossier de Médias & Evangile que ce blog signale), on constate à quel point les chipotages idéologiques des soi-disant "climat-sceptiques" vont contre la parole de l'Eglise. Donc ces "sceptiques" (en fait négateurs) sont fourbes quand ils posent aux super-fidèles. C'est cela que j'ai découvert, et qui m'a fait comprendre qu'accepter de suivre la doctrine sociale dans toutes ses pistes est une démarche de conversion.

Écrit par : Françoise, | 27/11/2009

à Françoise

> Je pense comme vous sur cela. Je trouve révoltant que des catholiques se disant tels en fassent des tonnes à la gloire du pape, mais se rendent sourds à ce qu'il dit dès que cela ne leur convient plus sur le plan de leurs idées politiques. Ce sont les mêmes qui mentent en se disant pour "l'écologie selon Benoit XVI" (alors qu'ils nient les orientations indiquées par Benoît XVI), et qui font comme s'ils n'entendaient pas ce que Benoît XVI dit de l'immigration ! En somme ils sont les grands amis du pape, sauf qu'ils pensent le contraire du pape ! Comment appelle-t-on ce genre d'attitude ?

Écrit par : Fleur, | 27/11/2009

EGOISTAS

> Vous connaissez "Hijos del pueblo" ?
"Esos burgueses, asaz egoistas
Que asi deprecian a la Humanidad..."
Les négationnistes climatiques avec leurs borborygmes me rappellent les grosses buses des années 1980 qui ricanaient des campagnes sur la faim dans le monde. Je me souviens d'une star de la droite littéraire de cette époque-là, ricanant de l'affiche "Que faites-vous contre la faim", en disant : "Que faites-vous contre la faim ? je mange..." Et pour énoncer cette connerie, la star prenait un air de satisfaction de soi absolument indicible.

Écrit par : Angel, | 27/11/2009

ETIQUETTES

> Pas trop d'accord avec la tonalité des commentaires, je m'explique :
Il y a deux portes d'entrée pour la vérité : le coeur et l'intelligence. Quant à l'étiquetage systématique, c'est peut-être bien un mauvais habitus de la société de consommation : quelle panique dans le supermarché des opinions quand le produit ne porte pas d'étiquette !

Écrit par : Guillaume de Prémare, | 27/11/2009

à G. de Prémare

> Je vois bien qu'il y a une différence entre votre témoignage (dont je vous remercie) et certains commentaires. Mais pourquoi appeler "étiquetage systématique" ce qui est simplement de la lucidité ? Il y a un problème et on ne peut pas se le masquer sous les bons sentiments, même moi qui suis très partisane des bons sentiments. Les cathos à intermittence ou à occultation sont un problème, surtout quand ils font du bruit sur la Toile et font l'effet de représenter l'Eglise aux yeux des gens n'en faisant pas partie. Pourquoi ne pas appeler un chat un chat, ne pas dire clairement que les faux-semblants sont des faux-semblants ? Relisons les Actes des Apôtres et ce qu'ils disent de faux apôtres fabriquant des idées pour plaire à leur public. Les Actes ne font pas d'étiquetage systématique mais quand il faut dire les choses, ils les disent.

Écrit par : Fleur, | 27/11/2009

à Fleur

> Je crois comprendre ce que veut dire Guillaume de Prémare (il me corrigera si je me trompe) : on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, et c'est contre-productif de qualifier d'emblée l'interlocuteur en le classant dans une catégorie, même s'il s'avère en faire réellement partie. On doit toujours laisser à l'autre une chance de s'échapper cinq minutes de son milieu habituel. A condition qu'il le veuille, évidemment.

Écrit par : Maksoud, | 27/11/2009

à Maksoud

> Avec ça je suis d'accord.

Écrit par : Fleur, | 27/11/2009

DE QUOI RECONCILIER TOUT LE MONDE

> Là où Guillaume de Prémare a raison, c'est que la grande erreur serait d'indexer la doctrine sociale de l'Eglise sur l'état momentané des débats scientifiques ou politiques. La DSE n'a pas besoin de connaître le taux d'absorption des puits de carbone pour proposer au monde (et prescrire aux catholiques) une austérité joyeuse, une vie sobre et claire, loin du consumérisme de gavage et des crises de nerf de la "peur de manquer du superflu". Le catholique est appelé à consommer moins d'énergie même s'il refuse d'admettre l'existence du réchauffement climatique ! Voilà de quoi réconcilier tout le monde, il suffit d'un minimum de bonne volonté du croyant envers l'Eglise !

Écrit par : Andronic, | 27/11/2009

à Andronic

> Je vais dans votre sens au fond, mais on ne peut pas négliger des conférences épiscopales entières, des cardinaux (Martino, O'Brien) et Benoît XVI lui-même qui ne cessent de parler des menaces climatiques ! Et on va leur donner tort ? au nom de quoi ou de qui ? entre M. Allègre et les Nobel de l'Académie pontificale des sciences, mon choix est tout de suite fait.

Écrit par : Lucas, | 29/11/2009

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